---------------------------------------------------------------- ***Brooke***
Je sors de la salle de bain. Tara est assise sur le rebord de la fenêtre, le regard dans le lointain. C'est une rêveuse, elle aime penser, surtout quand tout l'ennuie, ce qui arrive souvent. C'est la seule personne que je connaisse qui se soucie de ma santé. Mais je sais bien qu'elle fait ça avec tout le monde, c'est une seconde nature chez elle. Je lui ais déjà conseillé de faire médecine, mais elle a rejeté la proposition, prétextant qu'il y a bien trop d'années d'études. Evidemment, je sais que c'est faux, c'est à cause du coût de l'inscription à l'université. Même si elle prenait une bourse, ça serait encore trop cher pour elle. Je ne connais pas toute l'histoire mais je sais qu'elle ne parle plus à sa famille. Tara est extrêmement fière, elle ne supplierait jamais personne, même si sa vie en dépendait. Et surtout pas quelqu'un avec qui elle est en mauvais termes. Et c'est vrai qu'elle a tendance à se considérer comme "supérieur" aux autres. Mais j'y peux rien, et elle n'est jamais insupportable, alors ça va. La brune a les yeux dans le vague, comme si une ombre les recouvrait. Je l'appelle doucement et elle tourne lentement la tête vers moi. Un sourire apparaît sur ses lèvres. Un sourire dénué de toute joie et de bonheur. Je saisis mon sac et elle son portefeuille, qu'elle glisse dans la poche arrière de son jean. J'ouvre la porte et sors sur le palier, l'attendant avant de descendre les marches. Elle prend les clés de sur le micro-ondes et sort elle aussi, fermant à double tour. Elle passe devant moi dans les escaliers, me donnant une belle vue sur ses cheveux. Qu'est-ce que j'aurai aimé avoir le mêmes! Noir de jais, lisses, et tombant au niveau de ses coudes, ils sont brillants et reflètent la lumière du soleil. Elle prétend que les miens sont mieux, parce que je peux faire n'importe quelle coloration dessus, bien que moi ça ne m'intéresse pas vraiment. Elle pousse la porte d'entrée commune de l'immeuble et nous sortons sous le soleil. Plissant ses grands yeux verts, elle marche le long du trottoir, à ma droite. On commence à parler de son boulot, qui consiste à danser. Pas dans les nights clubs et les bars de streap-tease, non, Tara fait de la danse moderne. Elle est souvent demandée pour participer à des représentations théâtrales, pour paraître dans des films ou pour des occasions comme des manifestations de jeunes et tout ça... Même si en ce moment elle n'a pas trop de boulot, elle se démerde comme elle peut. Je l'admire depuis que je la connais, parce qu'elle ne semble pas avoir de limites et qu'elle paraît toujours posséder plein de ressources. Intouchable, c'est le mot. Elle peut se dépêtrer de toutes les situations, toujours la tête haute. C'est pour ça que je ne la comprends pas quand elle me dit qu'elle aimerait parfois être à ma place. Mais bon, elle a aussi plein de problèmes et elle déteste que l'on s'apitoie sur son sort. Je connais très peu de son passé et je respecte sa décision de ne rien dire. A part quelques détails qui sortent parfois spontanément. D'ailleurs moi non plus je ne lui ais jamais révéler le mien. Je sais mieux que personnes l'effet que peuvent avoir des blessures enfouies. Tara oriente le sujet de conversation vers mon boulot à moi cette fois. Aujourd'hui je passe plusieurs castings mais je ne me fais pas d'illusions. A chaque fois nous sommes des dizaines, parfois même une centaine, et c'est chacun pour soi. On a beau vivre au 21ème siècle, quand on est top model à New York c'est la loi de la jungle. Non seulement il faut se dépêtrer des sables mouvants mais il faut aussi y entraîner les autres. C'est un métier qui n'accepte aucune faiblesse, quelle qu'elle soit.
On arrive devant le carrefour qui mène à notre boulot. Je souhaite bonne chance à Tara, qui me souhaite elle d'être sélectionnée. Elle ne croit pas à la chance. Nos chemins se séparent, je prends à droite et elle à gauche. Il fait beau temps sur la Big Apple, et, dans le brouhara que font les voitures, je peux clairement entendre le bruit du studio derrière moi; c'est la voix des chanteurs qui résonne à travers toute la rue.